
Résolument hybrides et ouvertement uniques, les montres à affichage ana-digi séduisent par leur approche singulière de l'horlogerie. À mi-chemin entre les montres analogiques et les montres digitales, elles se distinguent par une esthétique mêlant aiguilles traditionnelles et écran numérique, ouvrant ainsi les portes d'un univers aussi technique que fascinant.
Découvrez, sans plus attendre, tout ce que les montres ana-digi ont à vous offrir…
L'affichage ana-digi, parfois aussi appelé "ana digi" ou "anadigi", est la contraction des termes analogique et digital. Il désigne un mode d'affichage hybride qui associe de traditionnelles aiguilles à un ou plusieurs écrans LCD (pour "Liquid Crystal Display"), chacun remplissant une fonction bien spécifique.
Les écrans présents sur les montres ana-digi sont presque toujours monochromes et prennent généralement la forme d'une ouverture géométrique, souvent rectangulaire, aux teintes grises, beiges ou légèrement verdâtres. Ils permettent d'afficher diverses informations sous forme de chiffres ou de lettres, un point sur lequel nous reviendrons dans quelques instants…

Composition d'une montre ana-digi avec écran et aiguilles
Sur le marché horloger, les montres à affichage ana-digi restent moins fréquentes que les modèles purement analogiques ou entièrement digitaux. Elles s'adressent néanmoins à un public précis, souvent en quête d'un garde-temps polyvalent et parfaitement adapté à un usage quotidien.
Avec leur présentation unique, les montres ana-digi offrent aux marques un véritable terrain d'expression, les incitant à imaginer des modèles toujours plus ingénieux. En somme, ces garde-temps regorgent d'atouts… et c'est exactement ce que nous allons explorer ensemble !

Du fait de leur aspect hybride, les montres ana-digi combinent les avantages des modèles analogiques et des modèles digitaux. Parmi leurs qualités, on peut notamment citer :
Pour voir apparaître la toute première montre de l'histoire à présenter un affichage ana-digi, il faut remonter à la fin des années 1970. Nous sommes alors en 1978, lorsque la marque horlogère japonaise Citizen dévoile une pièce pour le moins particulière, dotée d'un affichage hybride combinant aiguilles analogiques et affichage digital. La première montre ana-digi de l'histoire est née !

Première montre Ana-Digi Citizen, 1978 (Source : CITIZEN WATCH Global Network)
Lorsque Citizen introduit sur le marché ce modèle animé par le calibre 8900, la marque ne le fait pas de manière tout à fait anodine… Elle choisit, en effet, de le présenter comme une montre résolument futuriste, capable de s'adapter à toutes les situations du quotidien. Cette volonté transparaît clairement dans une publicité réalisée en 1978 par la manufacture, elle-même, pour le marché asiatique.

Publicité Citizen pour montre Ana-Digi, 1978 (Source : Fratello Watches)
Ce positionnement tourné vers l'avenir s'avérait particulièrement pertinent, car il mettait en lumière les nombreuses fonctionnalités avancées offertes par la montre. Double lecture de l'heure, chronographe, calendrier perpétuel… Cette création nippone signée Citizen s'imposait déjà comme une véritable montre multifonction.
Dans les années qui vont suivre, d'autres acteurs japonais se lanceront à leur tour sur le marché des montres ana-digi. Seiko et Casio se positionneront rapidement comme des concurrents sérieux, même si Citizen conserva une place dominante sur ce segment. Au cours des années 1980, la marque chercha également à pénétrer le marché français, pour lequel elle développa des campagnes publicitaires percutantes, vantant en quelques mots seulement les qualités intrinsèques de ses modèles.

РυЬlіcіté Citizen pour montre Ana-Digi, circa 1980 (Source : EBay - @Les Trésors de Papou)
À cette époque, Citizen n'hésitait d'ailleurs pas à présenter l'une de ses montres dotées de 27 fonctions différentes comme "la montre la plus performante".
En 1985, ce fut au tour de la marque suisse Breitling de proposer sa propre interprétation de la montre ana-digi avec le lancement de la célèbre Aerospace. Visuellement, ce garde-temps de luxe se distinguait par un design intrigant ! Il reprenait les codes esthétiques des montres analogiques Breitling tout en intégrant deux écrans LCD et deux aiguilles.

РυЬlіcіté Breitling Aerospace, 1985 (Source : Breitling)
Mais ce qui rendait la Breitling Aerospace encore plus impressionnante résidait dans son mode de fonctionnement. Contrairement aux autres montres ana-digi de l'époque, la navigation entre les différentes fonctions ne s'effectuait pas à l'aide de multiples boutons poussoirs. Le pilotage se faisait exclusivement via la couronne située à 3 heures. Il était ainsi possible de passer de l'affichage du second fuseau horaire (complication GMT) au chronométrage au 1/100ème de seconde, ou encore au compte à rebours, en manipulant simplement cette dernière. Ingénieux, non ?
La Breitling Aerospace pouvait être animée par un mouvement Breitling B56 ou B65. Pour les plus curieux, il s'agissait en réalité d'un mécanisme ETA 988.332.

Mouvement ETA 988.332 (Source : Star Time Supply)
Malgré son style très discret, qui pourrait facilement laisser croire à une montre classique, la Breitling Aerospace est aujourd'hui considérée comme l'une des montres ana-digi les plus iconiques de l'histoire horlogère !
Breitling ne fut toutefois pas la seule marque suisse à se positionner sur le marché des montres à affichage ana-digi. Si vous avez déjà pris le temps d'observer des modèles vintage, et plus particulièrement des chronographes de la fin du 20ème siècle, vous avez peut-être remarqué une certaine similitude entre leurs cadrans… Et pour cause, nombre d'entre eux embarquaient exactement le même mouvement, l'ETA 251.265.

Croquis du mouvement ETA 251.265 (Source : WatchBase)
Ces modèles peuvent provenir de différentes manufactures telles que Longines, TAG Heuer, Certina, Swiss Military ou encore Tissot. Certaines marques italiennes, à l'image de Sector ou de Lorenz, ont également proposé des pièces ana-digi de grande qualité !

Montre chronographe ana digi Sector 450 avec mouvement ETA 251.265 (Source : Etsy - @Vintagestyle70)
Quelle que soit la marque dont elles sont issues, ces montres partagent une présentation de cadran bien particulière. L'affichage des heures, des minutes et des secondes, tout comme celui de la complication chronographe, se fait de manière analogique, via des aiguilles. En revanche, l'accès aux informations fournies par les autres fonctionnalités s'effectue par l'intermédiaire de deux petits écrans LCD de forme carrée, généralement positionnés à 4 et à 8 heures sur le cadran.
Vous voulez une anecdote ? Sachez qu'à l'époque, le pilote de Formule 1 Ayrton Senna portait un chronographe TAG Heuer S/El à affichage ana-digi !

Ayrton Senna portant un chronographe TAG Heuer S/El à affichage ana-digi (Source : TAG Heuer)
Du côté de Tissot, il convient de souligner que si la marque a proposé plusieurs montres ana-digi au fil des années, c'est en 1999 qu'elle dévoile une pièce à la fois emblématique et innovante : la T-Touch. Comme son nom le suggère, il s'agit d'une montre tactile qui se pilote directement au doigt. Oui, oui, vous avez bien lu ! Pour passer d'une fonctionnalité à l'autre, il suffisait simplement de poser son doigt sur différentes zones du verre.

РυЬlіcіté pour montre Tissot T-Touch, 1999 (Source : Facebook - @Tissot)
Au-delà de son approche résolument novatrice, la Tissot T-Touch apportait avec elle un large éventail de nouvelles fonctionnalités. Les options météo, boussole ou encore thermomètre ouvraient ainsi la voie à une nouvelle vision de l'horlogerie, se rapprochant, d'une certaine manière, des montres connectées que nous connaissons aujourd'hui.

Montre Tissot T-Touch, circa 1999 (Source : Joieria Vintage)
Envie d'une anecdote concernant la Tissot T-Touch ? Sachez qu'il s'agit d'un modèle porté par le célèbre journaliste français Jamy Gourmaud, ancien animateur de l'émission C'est pas sorcier. Une montre à l'aspect à la fois technologique et complet, qui correspond parfaitement au caractère curieux et érudit du personnage !

Jamy Gourmaud portant une Tissot T-Touch (Source : Purepeople)
De nos jours, les montres ana-digi peuvent adopter des designs très variés. S'il est bien sûr possible de trouver des modèles à l'allure résolument contemporaine, il existe également des pièces à l'approche plus rétro. Certaines d'entre elles sont même des rééditions de références emblématiques ayant marqué l'histoire de ce type d'affichage !
Les montres proposant un affichage ana-digi sont, dans leur immense majorité, des montres de poignet. Il existe bien quelques horloges utilisant ce type d'affichage hybride, mais elles restent relativement rares et confidentielles.

Plusieurs montres et réveil à affichage ana-digi
En revanche, du côté des montres à gousset, le constat est sans appel… Il n'existe tout simplement aucun modèle connu intégrant un affichage ana-digi. Ce format est en effet historiquement et techniquement lié aux montres-bracelets, conçues pour un usage moderne et multifonction.
Si vous souhaitez acquérir une montre ana-digi, vous trouverez de nombreux modèles chez des marques telles que Casio, Citizen, Timex, Calypso ou encore Breitling. Les amateurs de pièces vintage pourront également se tourner vers des références plus anciennes issues de maisons horlogères comme Pulsar, Lorus, Longines ou TAG Heuer.

TAG Heuer Kirium réf. CL111A à affichage ana-digi, circa 2000 (Source : LOFT Watches)
Par nature, l'affichage ana-digi donne accès à une grande variété de fonctions. Cette polyvalence a permis le développement de modèles pour le moins particuliers, notamment des montres pensées pour un usage sportif, parfois conçues pour être accrochées directement au passant de ceinture.
Maintenant que vous connaissez sur le bout des doigts les montres d'hier et d'aujourd'hui qui utilisent un affichage ana-digi, il est temps de percer les secrets de leur mode de fonctionnement !

Comme nous l'avons vu, une montre ana-digi combine deux modes d'affichage du temps qui reposent sur des principes très différents : l'affichage analogique par aiguilles et l'affichage digital par écran(s). Cette coexistence n'est pas qu'une question de design, elle repose sur une architecture technique spécifique, conçue pour faire fonctionner ensemble des composants mécaniques et électroniques au sein d'un même mouvement.
Dans les montres ana-digi, la base du système est un mouvement à quartz. Un cristal de quartz, excité électriquement, vibre à une fréquence extrêmement stable. Cette vibration sert de référence temporelle unique à l'ensemble de la montre. Elle est ensuite divisée électroniquement jusqu'à produire une impulsion par seconde, qui devient le rythme commun sur lequel s'appuient à la fois les aiguilles et l'affichage numérique.

Module Casio 320 d'une montre ana-digi (Source : The Watch Site - @ausimax)
L'affichage analogique est animé par un moteur pas-à-pas, un composant typique des montres à quartz. À chaque impulsion issue du quartz, une bobine électromagnétique fait avancer un rotor aimanté d'un angle précis. Ce mouvement est transmis à un train de rouages miniature qui entraîne les aiguilles des heures et des minutes, et parfois celle des secondes. Le fonctionnement est proche de celui d'une montre à quartz classique, à ceci près qu'il doit cohabiter avec des circuits électroniques plus complexes et un écran numérique dans un espace très restreint.
L'affichage digital, quant à lui, repose le plus souvent sur un écran à cristaux liquides. Celui-ci est constitué de segments qui deviennent visibles lorsqu'un courant électrique les traverse. Un micro-contrôleur, véritable centre de calcul du mouvement, se charge de compter le temps, de gérer le calendrier et de piloter les différentes fonctions supplémentaires. Complication alarme/réveil, chronographe, second fuseau horaire ou indication de la date sont affichés sous forme numérique, sans aucun élément mécanique en mouvement, ce qui permet une grande précision et une forte polyvalence.

Montre 1481010 Independent par Citizen à affichage ana-digi (Source : The Japanese Factory)
Le point essentiel d'une montre ana-digi réside dans la synchronisation entre ces deux affichages ! Dans la plupart des architectures, le module électronique joue le rôle de cerveau central. C'est lui qui envoie les impulsions nécessaires au moteur des aiguilles tout en calculant et affichant les informations numériques. Cette organisation garantit que l'heure indiquée par les aiguilles et celle affichée sur l'écran restent cohérentes. Sur certains modèles, le système est même capable de corriger automatiquement la position des aiguilles en cas de décalage, par exemple après un choc, un changement de pile ou bien une manipulation incorrecte.
Cette double architecture impose toutefois des contraintes spécifiques... La gestion de l'énergie est l'un des enjeux majeurs, car les aiguilles fonctionnent en continu tandis que l'écran digital, le rétro-éclairage ou les alarmes sollicitent ponctuellement davantage de courant.

Lisibilité d'une montre à affichage ana-digi
La lisibilité est également un point crucial ! Les aiguilles ne doivent pas masquer l'affichage numérique, ce qui explique pourquoi certaines montres intègrent des solutions permettant de déplacer temporairement les aiguilles ou de les positionner automatiquement hors de la zone digitale. Enfin, la miniaturisation reste un défi permanent, car il faut intégrer moteur, rouages, circuits électroniques et écran(s) dans un boîtier souvent compact.
Au final, si l'affichage ana-digi s'est imposé durablement, c'est parce qu'il exploite la complémentarité de deux mondes : celui des montres analogiques et celui des montres digitales. Les aiguilles offrent une lecture intuitive et immédiate du temps, tandis que l'affichage digital apporte précision, informations supplémentaires et fonctionnalités avancées. L'ana-digi n'est donc pas juste un compromis, il est une véritable synthèse technique entre tradition horlogère et électronique moderne !
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