
Vous n'êtes pas sans savoir que l'heure n'est pas la même suivant l'endroit où l'on se trouve dans le monde… En effet, c'est parce qu'il existe plusieurs fuseaux horaires que des décalages plus ou moins importants peuvent être observés entre les différentes zones. S'il est 10 heures à Paris et que l'on vous demande l'heure qu'il est à Londres, vous nous répondrez alors très certainement 9 heures, et vous auriez raison. Maintenant, imaginez que l'on vous arrête dans la rue et que l'on vous demande l'heure qu'il est à Rio de Janeiro ou bien à l'archipel d'Hawaï. Eh bien, la réponse est tout de suite moins évidente…
Pour pallier ce problème, certaines montres proposent une fonction pensée pour les businessmans : la complication heure universelle !
Également appelée « Worldtime », « World Time », ou encore « Worldtimer », l'heure universelle est une Complication horlogère particulièrement graphique. En effet, elle enrichit considérablement l'affichage d'une montre en y intégrant un grand nombre d'informations.

L'heure dans différentes grandes villes du monde à un instant T
Celle-ci permet de lire, d'un seul coup d'œil, l'heure qu'il est dans 24 zones géographiques à travers le monde. Un atout majeur pour les businessmans évoluant à l'international, en lien constant avec des fournisseurs ou des prestataires répartis aux quatre coins du globe !
Bien que leur apparence puisse sembler moderne, les montres dotées de cette complication ne datent pas d'hier. Elles partagent d'ailleurs plusieurs éléments de design distinctifs qui permettent de les reconnaître immédiatement. Voyons tout cela ensemble...
Si l'on attribue généralement l'invention de la complication heure universelle à Louis Cottier, horloger indépendant suisse, en 1931, l'histoire est en réalité un peu plus nuancée… Il faut en effet remonter jusqu'en 1885 pour découvrir les prémices de cette idée. À cette époque, Emmanuel Cottier (le père de Louis) imagine un système permettant d'afficher l'heure de plusieurs zones géographiques, en réponse à une demande bien particulière : celle d'un chef ingénieur du réseau ferroviaire canadien, lassé de devoir porter une montre différente à chaque changement de fuseau horaire.
Bien que cette solution suisse fût ingénieuse, elle restait encore peu pratique et nécessitait d'importantes améliorations. Des améliorations que son fils, Louis, apportera près d'un demi-siècle plus tard !
Revenons donc en 1931, moment où est dévoilée la création de Louis Cottier. Celle-ci se présente sous la forme d'une montre de poche en or gris marquée « Baszanger Geneve » (Baszanger étant un distributeur du modèle basé à Carouge, une ville appartenant au canton de Genève).

Montre à heure universelle par Louis Cottier, circa 1931 (Source : mahmah.ch)
Dotée de deux aiguilles, une pour les heures et une pour les minutes, cette pièce remarquable pour son époque se distingue par un affichage bien plus chargé que celui des montres à gousset classiques.
Elle présente une configuration en triptyque avec, au centre, un cadran à chiffres arabes et minuterie chemin de fer, une lunette interne graduée sur 24 heures, et une autre lunette (plus large) affichant les noms de différentes grandes villes du monde, classées selon leurs fuseaux horaires, avec une échelle de 0 à 180 (dans les deux sens). Le tout dans un boîtier de seulement 44 mm de diamètre pour 0,69 cm d'épaisseur. Une prouesse pour l'époque !
Ce modèle révolutionnaire est aujourd'hui exposé au Musée d'art et d'histoire (MAH) de la ville de Genève. Si vous souhaitez le voir de vos propres yeux, vous savez donc où vous rendre.
Bien que cette première création ne soit pas signée d'une grande marque, Louis Cottier commence dès 1932 à collaborer avec la Maison Vacheron Constantin afin de développer un modèle à heure universelle à intégrer dans leur collection.

Montre à heure universelle Vacheron Constantin par Louis Cottier, 1933 (Source : The 1916 Company)
Si vous avez appris l'histoire de l'horlogerie à travers nos guides, cela ne vous surprendra pas car cette période correspond, en effet, à l'adoption progressive du système GMT (Greenwich Mean Time). Un système qui facilite la lecture de l'heure à l'échelle mondiale ! En parallèle, le développement du téléphone et la généralisation des montres-bracelets contribuent à l'obsolescence progressive des montres de poche.
Ainsi, bien que techniquement aboutie, cette montre de 1931 devient rapidement dépassée dans sa forme. En 1937, la manufacture Patek Philippe confie alors à Louis Cottier une mission ambitieuse, celle de miniaturiser cette complication en vue de l'intégrer à une montre-bracelet. Un défi de taille qui sera relevé avec brio !

Patek Philippe 96 HU à heure universelle, circa 1937 (Source : The Hour Glass)
Dans les années qui suivront, les modèles de ces grandes marques seront mis à jour avec de nouvelles fonctionnalités qui leur permettront de gagner en praticité.
Vacheron Constantin, Patek Philippe et même Rolex… Si Louis Cottier aura travaillé avec plusieurs Maisons horlogères de renommée mondiale, il faut aussi constater que les pièces équipées de cette fameuse complication heure universelle étaient des montres de grand luxe réservées à l'élite de l'époque. Un public qui trouvait un intérêt dans ces modèles permettant de voyager avec un outil pratique au poignet.
A la fin des années 1940, une nouveauté fait son apparition chez Patek Philippe. On ne le sait pas encore, mais celle-ci changera à jamais notre vision des montres à heure universelle ! Nous sommes en 1948 et la Maison décide de lancer la Patek Philippe 1415, une montre un peu particulière en ce sens où son cadran affiche une carte du monde. Oui, oui, vous avez bien lu !

Montre Patek Philippe réf. 1415, circa 1949 (Source : Phillips)
Cette luxueuse montre de 31 mm de diamètre réalisée en métaux précieux renfermait, en effet, un visage artistique et multicolore, somptueusement travaillé par des cadraniers de haut vol. Si vous vous approchez un peu plus de celle-ci, vous apprécierez le travail artisanal de précision qu'il a fallu pour confectionner ce cadran en émail cloisonné polychrome.
Pour l'anecdote, saviez-vous qu'au cours de l'année 2002, un exemplaire de Patek Philippe 1415 HU en platine manufacturé en 1946 a été adjugé pour un peu plus de 6 500 000 francs suisses lors d'une vente aux enchères ? Une somme qui, à l'époque, faisait d'elle la montre la plus chère jamais vendue aux enchères.
A partir des années 1950, les transports aériens commencent à se démocratiser et le grand public peut enfin parcourir des centaines, voire des milliers, de kilomètres la tête dans les nuages, un véritable rêve pour l'époque ! Posséder une montre à complication heure universelle prend alors tout son sens.
Faisons maintenant un bond de quelques années pour arriver en 1964, moment où la première montre à heure universelle japonaise arrive sur le marché. Développé par Seiko, ce modèle se distinguait par la présence d'une aiguille GMT. Un détail qui marquait un point de rupture par rapport aux garde-temps précédemment mis sur pied par les maisons horlogères suisses, durant la première moitié du 20ème siècle.
Vous voulez en apprendre plus sur cette aiguille et sur ce qu'elle permet de réaliser ? Découvrez vite notre guide sur la complication GMT !

Seiko World Time Réf. 6217-7000, 1964 (Source : seiko-design.com)
Cette montre Seiko World Time référence 6217-7000 présente un cadran sur lequel nous retrouvons une graduation interne sur 24 heures, facilement repérable grâce à un code couleur bicolore contrastant. En fonction des configurations, cette échelle peut être bleue et noire comme rouge et blanche… Bref, tout cela dépend de la couleur principale du cadran des modèles !
Quoi qu'il en soit, cette montre de 38 mm de diamètre dévoilée au beau milieu des années 1960 accueille en périphérie de son cadran, une lunette tournante sur laquelle il est possible de lire le nom de 26 villes du monde.
Fait intéressant, la Seiko World Time 6217-7000 a existé dans une version un peu particulière réalisée spécifiquement pour les Jeux Olympiques de Tokyo de 1964. Si vous avez la chance d'avoir, un jour entre vos mains, ce modèle exact, tournez-le et observez son fond de boîte. Celui-ci est gravé de la flamme olympique !

Fond de boîte gravé de la flamme olympique d'une Seiko 6217-7000 (Source : seikoworldtime.com)
Autre anecdote concernant la Seiko World Time 6217-7000, elle est animée par un mouvement automatique maison, le Seiko 6217 (et oui, cela ne s'invente pas !). Il s'agit du même calibre que l'on retrouve au sein d'un modèle dont vous avez probablement entendu parler : la Seiko 62MAS. Une montre de plongée très recherchée par les amateurs de vintage.
Si vous êtes un adepte de nos guides horlogers, vous savez que le passionnant monde des montres a connu de nombreux bouleversements au cours du siècle dernier… En particulier durant les années 1970. Pour rappel, la première montre à quartz de l'histoire est dévoilée en fin d'année 1969 par Seiko et, quelques temps plus tard arriveront les montres digitales. Alors, vous voyez où l'on veut en venir ? La complication heure universelle n'est pas réservée aux montres à affichage analogique (à aiguilles), on la retrouve aussi sur les modèles à affichage digital, et ce, dès 1977 !
En effet, c'est à ce moment-là que Seiko dévoile sa référence M158-500X, une pièce qui est aujourd'hui connue sous le nom de « Seiko Pan Am ». Cette appellation vient du fait que ce modèle embarquant un World Time était indissociable des pilotes de ligne de l'époque.

Seiko M158-5000 « Pan Am », 1977 (Source : seikoworldtime.com)
En effet, à une époque où les smartphones n'existaient pas encore, ces derniers voyaient en elle un formidable outil capable de faciliter leur quotidien. La Seiko Pan Am était en compétition avec d'autres montres digitales du même style, mais il faut reconnaître que celle-ci figurait parmi les plus fonctionnelles du lot !
La Seiko M158 a été déclinée dans plusieurs variations, chacune possédant ses propres particularités. Ainsi, la référence M158-5000 était la plus universelle en ce sens où elle était pensée pour être commercialisée au Japon, mais aussi à l'international. A côté de celle-ci existait aussi la référence M158-5009 déclinée en acier inoxydable gris et dans une version dorée.

Seiko M158-5009, 1977 (Source : seikoworldtime.com)
Plus flashy, cette dernière était exclusivement réservée au marché nord-américain et possédait un bracelet un peu plus conventionnel que l'on reconnaît aisément à ses 3 rangées de maillons.
En 1977, un autre acteur japonais se positionne sur le marché des montres World Time et, cet acteur, vous le connaissez forcément puisqu'il s'agit ni plus ni moins que de Casio ! Proposée au prix public de 129,95 £ (ce qui équivaut à un peu plus de 900 € aujourd'hui), la montre japonaise Casiotron X-1 promettait de connaître l'heure qu'il était partout dans le monde. Et cela, grâce à quelques clics sur son bouton poussoir.

Publicité Casio Casiotron X-1, 1977 (Source : Reddit @AzerVisuals)
Au cours des années 1970 et 1980, Seiko sortira de nouveaux modèles, des montres digitales dites « World Time » toujours plus fonctionnelles. Mais il faut tout de même noter que celles-ci conserveront l'aspect général qui avait contribué à faire le succès du modèle original de 1977. Comme on dit, « c'est dans les vieilles marmites qu'on fait les meilleures soupes »…
Vous êtes fan de ces modèles avant-gardistes à affichage LCD ? Découvrez vite notre guide sur les montres connectées pour tout apprendre au sujet de ces pièces historiques !
A la toute fin des années 1980 naîtra une autre montre suisse à heure universelle qui deviendra rapidement une icône : l'Ebel Voyager. Il s'agit ni plus ni moins d'un dérivé de l'Ebel 1911, une montre qui fût une icône absolue dans les années 1980. La Voyager d'Ebel se présentait sous la forme d'une montre de style sport-chic au boîtier minutieusement travaillé (comme c'était la coutume de le faire dans les années 1980).

Ebel Voyager, circa 1990 (Source : Collector Square)
Le cadran de ce modèle sorti en 1989 accueillait, en sa périphérie, une lunette tournante graduée sur 24 heures. S'agissant du boîtier du modèle, celui-ci était coiffé d'une lunette tournante gravée avec le nom des grandes métropoles du monde. Disponible en acier, dans un mélange d'acier et d'or ainsi qu'en version tout or, cette montre proposait toute une multitude de cadrans. Si les modèles ornés de chiffres romains en applique sont les plus courants, les pièces laissant apparaître la carte du monde sur leur cadran sont plus rares surtout celles sur lesquelles les continents sont revêtus d'émail coloré. Il faut bien dire que cette représentation à plat du globe prend tout son sens sur ce modèle, à l'origine, destiné aux voyageurs !
Aujourd'hui on retrouve des montres à complication heure universelle (aussi appelées « montres Worldtime ») chez de grandes marques comme Frédérique Constant, Alpina mais aussi Mido. Celles et ceux qui ont un budget plus conséquent pourront trouver leur bonheur chez des Maisons de luxe telles que Patek Philippe, Girard Perregaux, Nomos, IWC, Omega en encore Jaeger-LeCoultre.

Omega Seamaster Aqua Terra Worldtimer (Source : Time and Watches)
Retenez donc que les montres embarquant une complication heure universelle sont globalement assez coûteuses… Si vous désirez absolument acquérir un modèle de ce type et que votre budget est très limité, les montres Casio Worldtime avec leur affichage digital se présentent comme une excellente option pour vous. Accessibles, robustes et bien pensées, elles vous permettront de toucher du doigt cette fonction horlogère si particulière !
Maintenant que vous connaissez, dans les moindres détails, l'histoire des montres à heure universelle, que diriez-vous de découvrir leur mode de fonctionnement ?
Pour savoir comment fonctionnent les montres à heure universelle, il faut dans un premier temps les observer… En vous prêtant à l'exercice, vous vous rendrez vite compte que celles-ci partagent souvent la même configuration dans laquelle nous retrouvons deux lunettes :

Deux montres à heure universelle dans deux configurations différentes
Et, selon les modèles, ces deux lunettes peuvent être disposées de différentes manières. En effet, il est possible de les retrouver toutes les deux protégées sous le verre de la montre comme d'en retrouver une sous le verre et l'autre positionnée à l'extérieur, c'est-à-dire à même le boîtier.
Sur les montres qui adoptent cette seconde configuration avec les deux lunettes séparées par le verre (comme la montre Mido ci-dessus), notez que vous retrouverez celle gravée sur 24 heures en périphérie du cadran, puis, sur le boîtier, celle gravée du nom des villes.
La raison à cela ? La lunette marquée sur 24 heures est entraînée par le mouvement de la montre de telle sorte à tourner au fur et à mesure que l'heure avance. Une fois votre montre parfaitement réglée, pour connaître l'heure qu'il est dans chacune des villes affichées par votre montre, vous n'avez qu'à reporter le nom de la localité qui vous intéresse au chiffre qui apparaît, juste en face, sur le disque gradué sur 24 heures.
Anecdote intéressante, la Maison Vacheron Constantin a imaginé une montre spécialement pensée pour les personnes voyageant ou entretenant des liens avec le Moyen-Orient. En effet, cette zone du monde est particulière en ce sens où il peut y avoir des décalages d'1/4 d'heure, d'1/2 heure, voire de 3/4 d'heure entre deux endroits.
Maintenant que vous avez compris ce principe de fonctionnement, voyons comment régler correctement une montre à heure universelle.
Comme nous venons de le voir, la première lunette graduée sur 24 heures est entraînée automatiquement par le mouvement de la montre. Elle tourne en même temps que les aiguilles, assurant ainsi une lecture continue de l'heure des différents fuseaux.
La lunette des villes, quant à elle, est manipulable manuellement. Deux cas de figure se présentent alors à vous selon sa position :
Pour y voir plus clair, prenons un exemple concret, imaginez que vous vous trouvez à Londres et qu'il est 10h09 du matin.

Lecture d'une montre à complication heure universelle
La première étape pour vous va donc consister à régler votre heure locale. Pour cela, il va vous falloir observer le positionnement des différentes villes présentes sur le disque le plus à l'extérieur et identifier le marquage « London ». Vous allez, ensuite devoir faire tourner ce disque de telle sorte à ce que la ville de Londres apparaisse en face du marquage « 10 » que vous observez sur l'autre lunette (celle graduée sur 24 heures).
Une fois ce réglage réalisé, vous n'avez plus rien à faire, votre montre affichera en temps réel l'heure qu'il est dans toutes les villes indiquées sur sa lunette.
S'agissant des minutes, elles se lisent de manière traditionnelle, c'est-à-dire grâce à l'aiguille des minutes de la montre. Ainsi, on constate que, dans le cas présent, il est 10h09 à Londres, mais aussi 4h09 à Chicago.
Vous savez désormais comment fonctionne et comment se règle une montre à heure universelle. C'est une complication horlogère dont on parle finalement assez peu, souvent éclipsée par les fonctions chronographe et GMT, mais qui s'avère pourtant inestimable pour les voyageurs, les diplomates ou toute personne travaillant à l'échelle mondiale.
Et au fond, lorsqu'on comprend cette mécanique et cette logique d'affichage global du temps, une question s'impose : la fonction heure universelle ne serait-elle pas, en réalité, l'évolution ultime de la complication GMT ?
Une question à méditer...
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