Les montres électriques

Les montres électriques

Les montres électriques sont méconnues du grand public. Pourquoi ? Simplement parce qu'elles sont des pièces témoignant du génie horloger passé et qu'elles ne sont aujourd'hui plus du tout produites. Pour vous en rendre compte, faites le test autour de vous et demandez à vos proches s'ils connaissent ce genre de montres. Vous constaterez alors surement que beaucoup de personnes confondent montre électrique et montre digitale…

Alors, pour ne plus vous tromper, notre guide complet vous dévoile tout ce que vous devez savoir sur ces garde-temps à la technique bien particulière !

Quand sont apparues les montres électriques ?

Les montres animées par l'électricité possèdent une histoire fascinante ! Elles sont le fruit de nombreuses recherches horlogères, notamment en matière de recherche de précision.

Le premier objet de mesure du temps dont le fonctionnement se base sur cette technologie n'est autre qu'une horloge élaborée au cours du XIXème siècle. Présentée dans les années 1840 par l'inventeur écossais Alexander Bain, cette création intégrait un balancier électrique : une véritable nouveauté pour l'époque !

Horloge électrique par Alexander Bain, vers 1840 (Source : Wikipédia)

Horloge électrique par Alexander Bain, vers 1840 (Source : Wikipédia)

Les années passent, et nous voilà désormais au début du XXème siècle, en 1921 pour être précis. C'est à ce moment qu'est présentée l'horloge de Shortt, une pièce aux caractéristiques uniques puisque celle-ci est dotée d'un balancier entièrement libre placé sous vide.

Horloge de Shortt « Synchronome », 1921 (Source : Wikimedia)

Horloge de Shortt « Synchronome », 1921 (Source : Wikimedia)

Aussi appelée « horloge Synchronome à balancier libre », cette invention est réalisée en deux parties bien distinctes. Ici, un « pendule maître » est placé au sein d'un bâti sous vide. Dépourvu de toute connexion mécanique, il régule avec précision le « pendule esclave » qui, lui, se charge de contrôler la marche de l'horloge. Cette composition réalisée à partir de plusieurs éléments est qualifiée de « système asservi ».

Au-delà d'être exceptionnels par la technologie qu'ils embarquent, ces objets de mesure du temps demeurent volumineux, très volumineux même. Vous l'aurez compris, à ce stade, les horlogers sont encore loin d'imaginer qu'il sera un jour possible d'intégrer la technique électrique aux montres de poignet.

D'autant plus que, comme nous l'avons vu au sein de notre guide sur l'histoire de l'horlogerie, les garde-temps à porter au poignet sont, dans les années 1920's, encore rares sur le marché !

Quelques années seulement avant le début de la seconde guerre mondiale, en 1934, le français Lip et le scandinave Ericsson s'associent pour mettre sur pied une pendule électrique bien plus compacte que les deux modèles que nous venons de passer en revue. En outre, le fruit de leur travail n'est autre qu'une pendulette de bureau !

Pendulette de bureau Lip - Ericsson, vers 1934 (Source : Pestel Debord)

Pendulette de bureau Lip - Ericsson, vers 1934 (Source : Pestel Debord)

En plus de posséder un design recherché, leur petite pendule de table présentait la particularité d'être équipée d'un mouvement dans lequel l'échappement mécanique était entretenu grâce à un module électrique. En d'autres termes, le mouvement de leur invention était très similaire à celui d'une pendule classique, à la différence près qu'il fonctionnait grâce à l'électricité et non plus à l'aide d'une force mécanique.

Après la seconde guerre mondiale, les recherches visant à élaborer la première montre poignet électrique débutent. Celles-ci se concentrent autour de deux zones géographiques précises, les Etats-Unis et la France. Les marques Elgin (USA) et Lip (France) sont particulièrement impliquées dans le projet !

Si vous avez parcouru notre guide sur les montres mécaniques / automatiques, vous n'êtes pas sans savoir qu'à l'époque toutes les montres étaient équipées d'un mouvement mécanique. Souvent à remontage manuel et, parfois, à remontage automatique. Sans vouloir faire de jeu de mots, l'objectif d'introduire l'électricité dans ces objets miniatures que l'on porte directement au poignet était donc de taille !

Dans les années 1940, la miniaturisation des piles est en action et c'est à ce moment-là que les premières piles plates de la circonférence d'un bouton de chemise font leur apparition. Peu de temps après, en 1952, John Bardeen et Walter Brattain découvrent le transistor, une invention qui laisse entrevoir la possibilité d'élaborer des montres de poignet animées par une technologie électrique.

La même année, Fred Lip dévoile le prototype de celle qui sera considérée comme la première montre électrique de l'histoire !

Prototype du mouvement électrique Lip, à gauche (Source : Musée Lip)

Prototype du mouvement électrique Lip, à gauche (Source : Musée Lip)

Animé par une simple pile, ce garde-temps avant-gardiste avait été développé par le laboratoire secret Lip du SIDHOR, situé dans la ville de Besançon, dans la rue de la Moulière pour être précis. Pour vous dire, les enjeux étaient tels que le prototype de cette montre Lip « Electric » sera présenté à l'Académie des Sciences de Paris, avant d'entamer une traversée de l'Atlantique pour pouvoir être exposé à Chicago. La première montre poignet électromécanique 100% fonctionnelle était née, et elle était française, cocorico !

Dans les années 50, l'américain Hamilton qui est lui aussi dans la course, lance en 1957 une gamme de montres électriques. Parmi ces nouveautés, la cultissime Hamilton Ventura fait son entrée en jeu. Mais oui, vous savez, cette montre asymétrique connue pour avoir été portée par Elvis Presley, le « King ».

Hamilton « Ventura » équipée du Calibre 500, vers 1957 (Source : Clinique Horlogère)

Hamilton « Ventura » équipée du Calibre 500, vers 1957 (Source : Clinique Horlogère)

Vous saurez désormais que la toute première itération du modèle était équipée du Calibre 500, un mouvement électrique mesurant seulement 25,4 mm de diamètre pour 6,5 mm d'épaisseur.

Mouvement électrique Hamilton 500 (Source : Clinique Horlogère)

Mouvement électrique Hamilton 500 (Source : Clinique Horlogère)

Peu de temps après, le français Lip dévoile son calibre R27 et entame sa commercialisation, nous sommes alors en fin d'année 1958. Pour la petite histoire, c'est précisément ce mouvement R27 qui équipera la célèbre montre du Général de Gaulle.

Montre Lip R27 du General de Gaulle (Source : Le Point)

Montre Lip R27 du Général de Gaulle (Source : Le Point)

En plus de posséder une forme assez originale, la montre de notre ancien président de la République présentait la particularité de fonctionner à l'aide de deux piles. Oui, oui, vous avez bien lu, deux piles ! L'explication à cela est simple, le calibre Lip R27 était assez énergivore. Par ailleurs, les publicités de l'époque vantaient même le fait que les piles embarquées étaient garanties 1 an.

Schéma du fonctionnement du calibre Lip R27 (Crédit : Marie Pia Coustans - Lip, des heures à conter)

Schéma du fonctionnement du calibre Lip R27 (Crédit : Marie Pia Coustans - Lip, des heures à conter)

En même temps, il faut dire qu'avec son diamètre de 27,8 mm et une épaisseur de seulement 9,4 mm, il était pour l'époque un véritable petit concentré de technologie. Sa fréquence de fonctionnement était très similaire à celle que l'on pouvait trouver sur la majorité des montres des années 1950, à savoir de 18'000 alternances/h (soit 2,5 Hz). Nous verrons bientôt pourquoi…

Cette montre dont le mouvement aura nécessité 10 ans de recherche et développement présentait une seconde particularité. En effet, la couronne permettant sa mise à l'heure était très inhabituellement placée sur le dos du boîtier.

Fond de boîte d'une montre Lip R27 (Source : Clinique Horlogère)

Fond de boîte d'une montre Lip R27 (Source : Clinique Horlogère)

En observant le dos de la montre de Charles de Gaulle, on discerne très clairement les deux trappes permettant l'accès aux piles. Au centre de ces deux couvercles gravés d'un symbole d'éclair, on retrouve la clé assurant le réglage de la montre. Pour ne créer aucune gêne sur le poignet, celle-ci est plate et équipée d'un système articulé assurant une prise en main facilitée. Son étonnante configuration peut d'ailleurs nous faire penser au remontoir que l'on trouve sur les réveils mécaniques d'époque.

La Maison Lip qui misait grandement sur la technologie électrique a décidé d'exporter son calibre R27 vers les pays européens. C'est ainsi que Lip accordera à l'horloger allemand Epperlein, le droit de produire sous licence son fameux R27.

En 1960, des montres équipées du calibre Lip R27 seront commercialisées en Allemagne sous d'autres marques horlogères comme Lanco ou encore Benrus.

Montre Lanco, calibre Lip R27 (Crédit : Jens Kirchhoff)

Montre Lanco, calibre Lip R27 (Crédit : Jens Kirchhoff)

Il faut savoir que le calibre Lip R27 sera produit entre les années 1958 et 1963, soit sur une courte période de 5 ans.

Petite anecdote intéressante, les derniers mécanismes R27 créés par la manufacture Lip ont servi à la fabrication de quelques montres, mais aussi de pendulettes. Comme quoi, tout se recycle !

Entre-temps, outre Atlantique, Bulova élabore la première montre à diapason de l'histoire. Surnommée « Accutron », son nom est la contraction des mots « accuracy » et « electronic ». C'est à l'ingénieur Max Hetzel que l'on doit cette invention en 1962. Mais, comme la montre de Lip, cette pièce électrique signée Bulova n'est pas sortie de terre en quelques mois seulement…

En effet, en 1952, soit l'année ou Lip présente au public le prototype de sa première montre électrique, la direction de Bulova s'entretient avec Max Hetzel et lui demande son avis sur cette innovation française. L'ingénieur répond alors que, du fait qu'elle embarque un organe régulateur très comparable à celui des montres mécaniques classiques (vous vous rappelez des 18'000 alt/h ?), elle n'offre pas de gain en matière de précision et dispose seulement d'une réserve de marche plus importante. Or, à cette époque, les marques horlogères se livrent une bataille sur le champs de la précision. En d'autres termes, toutes veulent sortir la montre la plus précise possible ! C'est donc en suivant cette logique que la Bulova Accutron est développée.

Montre Bulova Accutron, 1962 (Source : Cool Vintage Watches)

Montre Bulova Accutron, 1962 (Source : Cool Vintage Watches)

Cette montre imaginée sur le territoire américain marque un véritable point de rupture avec les modèles électriques précédemment sortis en ce sens où elle ne comporte plus du tout de balancier spiral. En outre, cette pièce est remplacée par un minuscule diapason de 3 mm de long qui se charge de jouer le rôle d'organe régulateur. Sa fréquence de fonctionnement est à des années lumières des garde-temps de l'époque, elle est de 360 Hz contre un petit 2,5 Hz à 3 Hz pour les autres, ce qui, vous en conviendrez, fait une sacrée différence !

Le diapason est considéré comme une innovation tellement majeure que cet élément a été intégré au logo de la Maison Bulova.

Logo Bulova avec diapason (Source : Wikipédia)

Logo Bulova avec diapason (Source : Wikipédia)

Sa fréquence de fonctionnement particulièrement élevée lui permettait d'afficher l'heure avec une précision incomparable pour l'époque. Pour tout vous dire, dans les années 1960, la dérive constatée sur une journée entière n'est souvent que de 2 secondes sur une Accutron, voire moins !

La précision du mouvement électrique Bulova est tellement importante que, dans les années 1960, la NASA prend même la décision d'utiliser l'Accutron comme outil de mesure du temps au sein de son module lunaire. Incroyable, non ?

La Maison Bulova était tellement fière de sa technologie nouvelle qu'elle a, au début des années 1960, sorti plusieurs itérations de son Accutron dotées d'un cadran transparent permettant de contempler toute la technologie qu'elles intégraient. Celles-ci portaient le nom de « Spaceview ».

Bulova Accutron Spaceview, 1962 (Source : Bulova)

Bulova Accutron Spaceview, 1962 (Source : Bulova)

En observant la face arrière d'une Bulova Accutron, on se rend compte que, pour sa mise à l'heure, cette pièce utilise un système de clé similaire à celui que l'on pouvait trouver sur les montres Lip équipées du calibre R27.

Fond de boîte d'une Bulova Accutron (Source : J. Press Online)

Fond de boîte d'une Bulova Accutron (Source : J. Press Online)

Vous remarquez, au passage, que le modèle de chez Bulova n'employait qu'une seule pile. Ce qui était fort, très fort !

L'autre plus de la Bulova Accutron, c'est le déplacement extrêmement fluide de sa trotteuse, sans à-coups.

Vous voulez être surpris ? Ecoutez le son créé par un mouvement Accutron ! Pour cela, cherchez sur internet des vidéos sur le sujet et vous constaterez que ce calibre possède une sonorité très typée… science-fiction ! En fermant les yeux, on se croirait presque en train de naviguer au beau milieu de la galaxie au sein d'une navette spatiale. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien si le slogan choisi par les pubs américaines mettant en avant la Bulova Accutron était « The watch that hums », ou en bon français « La montre qui bourdonne ».

Chez Hamilton, Lip et Bulova, la montre électrique a, à l'époque, le vent en poupe ! Mais, si les modèles développés par ces marques sont révolutionnaires pour leur temps, il n'en reste pas moins des pièces haut de gamme à la finition exemplaire.

Pour rendre les montres électriques accessibles au plus grand nombre, la Maison Timex décide d'entrer en jeu ! Connue pour ses montres d'entrée de gamme, la marque suit une philosophie finalement assez proche de celle que peut posséder Swatch aujourd'hui. En d'autres termes, elle est fun et bon marché.

La première montre électrique signée Timex est présentée au public au cours de l'année 1962, il s'agit de la référence 9017.

Montre électrique Timex réf. 9017, 1963 (Source : Vintage Timex Watches)

Montre électrique Timex réf. 9017, 1963 (Source : Vintage Timex Watches)

Son fonctionnement est semblable à celui des montres électriques Hamilton sorties quelques années plus tôt.

Bien entendu, plusieurs déclinaisons suivront et la marque ira même jusqu'à proposer des modèles électriques dans tous les styles, sportifs comme plus habillés, pour homme mais aussi pour femme.

Montres Timex Electric sous vitrine (Source : Arteepee's Watch Collection)

Montres Timex Electric sous vitrine (Source : Arteepee's Watch Collection)

Proposées à bas prix, les montres de chez Timex représentaient à l'époque une alternative accessible et intéressante aux pièces de grandes marques comme celles de chez Lip ou Hamilton.

Pour vous donner une idée du prix que les créations électriques Timex coûtaient à l'époque, la marque annonçait un prix de 25$ sur l'une de ses pubs du début des années 1970, ce qui équivaut à un peu moins de 200€ d'aujourd'hui (si l'on fait une conversion en tenant compte de l'inflation).

Publicité montres électriques Timex, 1971 (Source : Arteepee's Watch Collection)

Publicité montres électriques Timex, 1971 (Source : Arteepee's Watch Collection)

En comparaison, les montres électriques Lip (en acier) équipées du calibre R27 étaient à l'époque vendues l'équivalent de 1 000€ d'aujourd'hui, environ.

Ainsi, la gamme Timex Electric présentait, pour beaucoup de gens, une porte d'entrée intéressante vers l'univers des montres électriques. Le tarif accessible de ces montres signées Timex s'expliquait par plusieurs facteurs dont l'architecture simplifiée de leur mouvement.

Mouvement Timex Electric (Source : Wikipédia)

Mouvement Timex Electric (Source : Wikipédia)

Il faut aussi savoir que la production des calibres que l'on retrouve dans les montres Timex Electric est rapidement délocalisée vers Taïwan, par souci de réduction des coûts.

Mais, retournons un instant quelques années en arrière pour parler du français Lip qui n'avait pas dit son dernier mot ! En effet, dès septembre 1962, la Maison proposera sur le marché américain des montres électriques équipées d'un nouveau calibre, le R148.

Montre Lip, mouvement R148 (Source : Atelier de la montre)

Montre Lip, mouvement R148 (Source : Atelier de la montre)

En France, les garde-temps animés par ce nouveau mouvement seront disponibles à l'achat au début de l'année suivante, en 1963 donc.

Publicité ancienne Lip Nautic-Ski (Source : Les Rhabilleurs)

Publicité ancienne Lip Nautic-Ski (Source : Les Rhabilleurs)

Une version équipée d'une complication date, nommée R184, suivra en 1964. Celle-ci est très célèbre pour avoir été utilisée dès 1967 dans la Lip Nautic-Ski, une véritable icône de l'horlogerie française ! Avez-vous d'ailleurs remarqué que le cadran de cette montre de plongée est frappé de la mention « Electronic » et non « Electric » ? Ce marquage, similaire à celui que comportaient les montres Lip sorties quelques années plus tôt, équipées du calibre R27, a bien une raison. Raison que nous verrons plus tard…

Dans les années 1960, la Maison Lip proposera même à ses clients venus réviser ou réparer leur garde-temps, une montre de courtoisie dont le cadran était marqué de la mention « Après-Vente ».

Montre de prêt Lip « Après-vente » (Source : Gros & Delettrez)

Montre de prêt Lip « Après-vente » (Source : Gros & Delettrez)

Chacune des lettres inscrites sur le visage de ces pièces propulsées par le calibre R148 faisait office d'index horaire. Les montres de prêt avaient pour vocation de faire la publicité de la technologie électrique signée Lip, cela dans le but de convertir, naturellement, plusieurs clients au passage. On notera la phrase « Votre horloger vous prête l'heure » inscrite sur chacune de ces pièces.

En 1969, le fabricant de mouvements Ebauches SA, qui avait racheté les brevets à Bulova, se met à proposer aux marques son calibre ESA 9162, un mouvement à diapason fonctionnant à 300 Hz. Une variante équipée d'une complication chronographe sera elle aussi disponible, il s'agit du calibre ESA 9210.

Calibre ESA 9162 (Source : La Clinique Horlogère)

Calibre ESA 9162 (Source : La Clinique Horlogère)

De très grands noms de l'horlogerie comme Longines, Omega ou encore Tissot emboîteront ces mouvements dans leurs garde-temps.

De leur côté, les marques Citizen et Universal Genève rachèteront, elles aussi, des licences du mouvement à diapason signé Bulova. Grâce à cela, Citizen introduira la technologie électrique sur le sol japonais en 1966 avec le lancement de sa montre Citizen Cosmotron X8.

Montre électrique Citizen Cosmotron X8, début 1970 (Source : 20 Century Watches)

Montre électrique Citizen Cosmotron X8, début 1970 (Source : 20 Century Watches)

En 1972, c'est au tour d'Omega de dévoiler une montre animée par un mouvement à diapason développé en interne. Il s'agit de l'Omega 1220 Megasonic, une pièce plus élaborée encore que celle de ses concurrents. Le modèle est d'ailleurs imaginé par Max Hetzel, l'homme qui avait, peu de temps avant, inventé l'Accutron de chez Bulova.

Omega Megasonic 720 Hz, gamme Constellation (Source : Electric Watches)

Omega Megasonic 720 Hz, gamme Constellation (Source : Electric Watches)

La fréquence de fonctionnement de cette montre Omega est de 720 Hz (contre 360 Hz pour la Bulova Accutron) et l'architecture de son mouvement est ingénieuse en ce sens où elle permet de limiter l'usure mécanique des pièces.

Vous l'aurez peut-être remarqué à travers les illustrations de ce guide, les montres électriques de l'époque utilisaient souvent le symbole de l'éclair pour mettre en avant le fait qu'elles fonctionnaient grâce à l'énergie électrique fournie par une pile. Elles avaient aussi tendance à adopter une trotteuse distinctive, très fine, au bout de laquelle se trouvait une discrète flèche, parfois peinte de rouge. Sans doute voulaient-elles renvoyer un symbole de précision absolue ?

Mais, malgré le progrès que représentaient à l'époque les montres électriques, les marques ont pris la décision de les commercialiser à côté de leurs montres mécaniques classiques. De plus, sachez que toutes les manufactures horlogères n'ont pas souhaité prendre le risque de se lancer dans l'aventure. En réalité, peu nombreuses sont les marques à avoir proposé des montres mécaniques.

Chez Seiko par exemple, dès 1959, une équipe de chercheurs travaille sur le développement d'une autre technologie qui provoquera un véritable tremblement de terre dans le monde de l'horlogerie : le quartz.

Vous voulez connaître la suite de l'histoire ? Découvrez notre guide sur les montres à quartz !

Comment fonctionne une montre électrique ?

Montre électrique fonctionnement

Maintenant que nous avons parcouru l'histoire de ces premiers garde-temps animés par l'électricité, voyons ensemble la manière dont ceux-ci fonctionnent.

Précisons un premier point qui peut paraître évident… La source d'énergie utilisée par une montre électrique est purement électrique puisqu'elle provient d'une pile. Comprenez par là qu'aucun de ces modèles n'intègre de ressort moteur comme on peut en trouver dans les montres mécaniques classiques.

Sachez qu'il existe 2 grandes familles de montres électriques : celles dotées d'un « balancier moteur », et celles équipées d'un « diapason ». Voyons ensemble leurs particularités !

Les montres électriques à balancier moteur

Cela va peut-être vous surprendre, mais ces modèles reposent sur un fonctionnement relativement proche de celui des montres mécaniques traditionnelles. Pourquoi ? Simplement parce qu'ils embarquent le même organe régulateur.

C'est ainsi que vous retrouverez au sein de ces montres électriques spécifiques, un balancier et un ressort spiral qui leur permet de tourner avec une fréquence de fonctionnement généralement comprise entre 2,5 Hz (18'000 alt/h) et 3 Hz (21'600 alt/h).

Mouvement Lip R184 (Source : Drop and Watch)

Mouvement Lip R184 (Source : Drop and Watch)

Là où les montres électriques à balancier se distinguent des modèles purement mécaniques, c'est précisément dans la manière qu'elles ont d'entretenir le mouvement du balancier. En effet, ce dernier est assuré par ce que l'on appelle un « électroaimant ». Il s'agit en réalité d'une petite pièce qui a pour rôle de transformer une énergie électrique (ici, celle de la pile) en une énergie magnétique.

Les montres électriques développées par Lip, Hamilton, Timex, Slava, ou encore Epperlein appartiennent à cette famille.

D'ailleurs, petite anecdote, les montres électriques Lip ne sont pas marquées de la mention « Electric », à la place, elles utilisent l'appellation « Electronic ». La raison à cela ? Elles sont les premières à avoir utilisé un composant électronique, un élément qui se matérialisait sous la forme d'une diode qui avait pour but de limiter les petites étincelles créées dans le mouvement.

Les montres électriques à diapason

Historiquement plus récentes que les modèles électriques dotés d'un balancier moteur, les montres électriques à diapason fonctionnent de leur côté d'une toute autre manière.

Vous pouvez chercher, vous ne trouverez pas de balancier au sein de celles-ci ! En effet, ces garde-temps utilisent, en guise d'organe régulateur, un minuscule diapason (ou « tuning fork ») de 3 mm de long. Cette configuration un peu particulière leur permet de fonctionner à une fréquence de 300 Hz ou plus. Oui, oui 300 Hz !

Montre Omega f300 Calibre ESA9162 (Source : Electric Watches)

Montre Omega f300 Calibre ESA9162 (Source : Electric Watches)

Deux électroaimants se chargent ici d'entretenir le mouvement du minuscule diapason, ils exercent un attrait sur les deux aimants localisés sur les pointes du diapason. Cette force magnétique crée des vibrations qui vont permettre au cliquet rattaché au diapason de faire tourner les dents de la roue d'échappement.

On vous l'accorde, tout cela est un peu technique, mais dites-vous que les montres électriques à diapason représentaient pour l'époque une avancée technologique considérable ! Grâce à leur fonctionnement à haute fréquence, elles offraient un niveau de précision tout à fait inédit, sans commune mesure avec celui offert par les autres montres du marché.

Les montres électriques développées par Bulova, Omega, Longines, Tissot, Eterna, Universal Genève ou encore Citizen appartiennent à cette famille.

Montre électrique : avantages et inconvénients

Montre électrique avantages inconvénients

Vous désirez acquérir une montre électrique vintage ? Avant de vous lancer, il est important d'avoir en tête l'ensemble des avantages, mais aussi des inconvénients que comportent ces tocantes… C'est parti !

AVANTAGES

  • Aspect historique : cela est assez facile à comprendre, posséder une montre électrique revient en quelques sortes à enrichir sa collection d'une pièce historique, véritable emblème du passé horloger. La technologie électrique ayant complètement disparu dans notre monde moderne, elle confère à ces montres d'antan un supplément d'âme.
  • Relative précision : cela est vrai pour les modèles à diapason qui offrent une précision élevée.

INCONVENIENTS

  • Réparations difficiles : les pièces détachées peuvent se révéler être très complexes à trouver. De plus, même si vous parvenez à trouver une pièce de remplacement compatible avec votre garde-temps défectueux, il vous faudra faire appel à un horloger compétent qui maîtrise, sur le bout des doigts, le sujet des montres électriques. Et, autant vous dire que ce n'est toujours évident… Voilà donc un point important à prendre en considération !
  • Réparations coûteuses : comme pour tout, réparations difficiles riment souvent avec réparations coûteuses.
  • Fragilité : les montres électriques sont des objets vintage de plus de 50 ans, ce qui nécessite de les traiter avec beaucoup de précaution. Vous comprendrez aisément par là qu'elles ne sont pas tout à fait adaptées à un usage quotidien. Pour les préserver dans les meilleures condition possibles, leur port doit rester un plaisir que l'on s'accorde de temps en temps.
  • Rareté : comme nous l'avons vu au début de ce guide, les montres électriques sont des objets qui ont été manufacturés pendant un laps de temps relativement court, et par quelques maisons horlogères seulement. De plus, même lorsqu'elles étaient disponibles au catalogue des marques, elles côtoyaient les montres mécaniques traditionnelles. Vous comprendrez donc aisément qu'assez peu d'exemplaires ont été fabriqués. De plus, beaucoup de modèles que vous trouverez aujourd'hui sur le marché sont simplement HS. Tomber sur une montre électrique parfaitement fonctionnelle et en bon état reste toutefois possible, à condition de prendre son temps et/ou de faire appel à des professionnels.

Quelle est la précision d'une montre électrique ?

Montre électrique précision

Mais alors, quel niveau de précision peuvent bien offrir les montres électriques ? Si vous avez lu la première partie de ce guide dédiée à la fabuleuse histoire de ces garde-temps, vous devriez avoir une petite idée sur la question.

En réalité, tout dépend du modèle auquel on s'intéresse !

Nous avons vu que les montres électriques (à balancier moteur) de chez Lip, Hamilton, Lanco ou encore Benrus sont dotées d'un organe régulateur comparable à celui que l'on retrouve dans les montres mécaniques. De fait, elles offrent une précision très similaire à celle des montres mécaniques anciennes.

Lip Nautic Ski vintage, mouvement R184 (Source : Drop and watch)

Lip Nautic Ski vintage, mouvement R184 (Source : Drop and watch)

Pour vous donner un ordre d'idée, avec une Lip Nautic-Ski en bonne santé équipée du calibre R184, vous pouvez espérer une précision comprise entre 0 et +/-45 secondes par jour. Il en va naturellement de même pour une Lip dauphine montée en R148.

Les montres électriques fonctionnant à l'aide d'un mouvement à diapason comme celles de chez Bulova, Tissot, Omega, Universal Genève, Longines ou bien Citizen représentent des options bien plus précises.

Universal Genève Unisonic (Source : Electric watches)

Universal Genève Unisonic (Source : Electric watches)

Sur internet, plusieurs collectionneurs rapportent que leur Bulova Accutron d'époque tourne actuellement avec une précision de +15 secondes par jour environ. Ce qui peut surprendre certaines personnes puisque, rappelez-vous, l'Accutron était, jadis, donnée pour fonctionner avec +1 minute par mois.

Cette perte de précision serait, en réalité, engendrée par les piles que l'on utilise aujourd'hui. En effet, celles-ci ne sont pas exactement les mêmes que les modèles que l'on trouvait autrefois. Ceci explique donc cela !

Vous l'aurez compris, les montres électriques, qu'elles soient équipées d'un balancier moteur ou bien d'un diapason, n'ont rien, mais alors absolument rien à voir avec les montres digitales ! En plus de posséder un design souvent original, elles sont le reflet des avancées technologiques qui ont rythmé le monde horloger au cours de la seconde partie du XXème siècle.

Voilà donc des pièces rétro à ne surtout pas louper !

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